De George Orwell à Mark Twain, il avait traduit les meilleurs écrivains. Et puis, ce 7 mai, Bernard Hoepffner est tombé à la mer sur la côte galloise. Hommage.


Bernard Hoepffner a disparu dans le sud-ouest du Pays de Galles à Saint David’s Head, ce samedi 6 mai, emporté par une vague, au bas d’un petit chemin côtier venteux comme il les aimait. La mort de ce traducteur reconnu par tous comme un «grand» du métier pour son travail sur les classiques (Orwell, Melville), les contemporains (Robert Coover, Will Self), et aussi pour les trois tomes d'«Anatomie de la mélancolie» de Burton (Corti), a fini par être annoncée voici quelques jours par sa famille et par L’ATLAS - l’association pour la promotion de la traduction. Par la force des choses, c’est l’océan qui lui donne une sépulture.

Une promeneuse l’a vu ce jour-là à 15h10. Un inconnu en contrebas, en grande difficulté dans l’eau, accroché à un rocher au pied de la falaise. Elle est partie donner l’alerte. C’est ce qu’on peut lire dans un article sur le site de la BBC et dans un autre publié par le «Guardian», qui ont relayé très vite l’avis de recherche de la police et la demande d’identification: un homme de type européen et blanc, dans sa soixantaine, le visage longiligne et «des sourcils clairs qu’on remarque». Cette précision ôtera d’emblée tout espoir qu’il puisse s’agir d’un autre lorsque son frère Jacques Hoepffner, alerté par les gens de l’ATLAS, inquiets du silence de leur ami qui devait parler le 7 juin à la Maison de la poésie, tapera «Saint David’s head» sur Google et verra apparaître ces articles.

Deux jours de recherche en bateau et en hélicoptère n’ont rien donné. Les sauveteurs ont tout de même retrouvé son blouson, un Armani en peau lainée, avec dans les poches des pièces et plusieurs photos. C’est que les courants, puissants, peuvent emmener loin son corps et même le déposer l’hiver prochain sur une grève américaine [lire la suite].

Anne Crignon