Œil d’Afrique : Peut-on savoir, Gaspard-Hubert Lonsi Koko, ce que vous êtes réellement ? Un acteur politique ou un écrivain ? Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Mon existence ressemble beaucoup à la Gazette d’hier et d’aujourd’hui. Tout est dedans, et libre aux gens d’y puiser ce qui les intéresse. Je me suis contenté d’entreprendre, au cours de ma vie, ce qui m’a plu et continue de me plaire tout en sachant dissocier les occupations littéraires des préoccupations politiques et des activités professionnelles, et aussi de préserver mon univers privé. Une seule certitude, je suis un homme de culture à tendance humaniste.

Œil d’Afrique : Cela ne risque-t-il pas de porter, tout justement, une éventuelle confusion entre l’homme politique prometteur et l’écrivain prolifique que vous êtes ? Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Les gens sont suffisamment intelligents pour savoir que la vie est à la fois privée et publique. De la même façon qu’ils savent que la vie publique ne concerne pas que les seules actions militantes. L’être humain aspire, au-delà de ses activités professionnelles et politiques, à la jouissance culturelle. Or, la culture peut être appréhendée sous différentes formes : sportive, littéraire, théâtrale… L’écriture prolonge mon engagement politique et mon perfectionnement intellectuel à travers les essais et les articles de presse. Elle entretient mon imagination, et dans une certaine mesure mes phantasmes, par le biais de la fiction.

Œil d’Afrique : Autant on peut comprendre votre passion pour les essais et les articles, par rapport à vos activités politiques. Mais le roman policier… Gaspard-Hubert Lonsi Koko : De toute façon, un homme de conviction reste engagé dans tout ce qu’il entreprend par écrit ou par des actes concrets. Dans mes romans, peu importe leurs catégories, les personnages expriment souvent leurs points de vue au regard des faits sociaux. Le narrateur ne se gêne pas non plus de dénoncer ou de justifier, de temps en temps, leurs propos. Culturellement parlant, si tel est le sens de votre étonnement, il est révolu l’époque où l’on considérait le roman policier comme un genre mineur. La maîtrise de la narration nécessite une capacité intellectuelle hors-pair. L’univers romanesque ne concerne pas seulement une imagination débordante, ni d’ailleurs que la conception démiurgique. Il s’agit surtout, du point de vue de la diégèse, de la manière de dérouler le récit avec tout ce que cela comporte comme mise en abyme, digressions, anaphores, allégories et métaphores, analepses et prolepses… J’ai un grand faible pour les romans policiers dans la mesure où il n’est pas donné à tout le monde la facilité de nouer ou dénouer subtilement des intrigues.

Œil d’Afrique : Pourquoi avoir choisi de publier votre dernier ouvrage sous la forme numérique ? Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Je suis un individu dont le parcours se situe à cheval sur les XXe et XXIe siècles. Je ne peux donc pas rester insensible à la modernité, aux merveilles et aux prouesses technologiques. Pour un auteur, les avantages d’une publication numérique résident dans le fait d’être diffusé en une fraction de seconde à travers le monde entier et dans la livraison instantanée de son œuvre au lecteur. Néanmoins, le caractère immatériel d’un ebook ne désavantage en rien l’aspect matériel ayant façonné les habitudes du lecteur passionné que je suis. De plus, je me sens à l’aise dans une pièce dont les murs sont tapissés de livres.

Œil d’Afrique : Comment expliquez-vous cette contradiction ? Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Je ne vois aucune contradiction dans les apparences à la fois matériel et immatériel d’un livre. Il est plutôt question, dans mon rapport à l’évolution technique et technologique, d’une complémentarité qui rend hommage à l’intelligence humaine. Dans tous les cas de figure, seule la connaissance du propos développé dans l’œuvre de l’auteur importe plus. La publication de mon dernier ouvrage sous le format électronique n’exclut pas du tout la possibilité d’une édition sous la forme traditionnelle. J’ai tout simplement pris la résolution d’être, à l’avenir, le propriétaire des droits numériques de quelques-uns de mes œuvres.

Œil d’Afrique : Et votre dernier roman, intitulé Dans l’œil du léopard ? Est-ce une sorte de clin d’œil à un certain maréchal Mobutu Sese Seko ? Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Mon dernier ouvrage fait partie intégrante d’une trilogie relative à la région des Grands Lacs africains. Il est question des investigations d’un détective zaïrois vivant à Paris. Bien entendu, l’allusion au léopard renvoie au feu maréchal Mobutu. Mais je préfère garder le suspens pour que le lecteur puisse découvrir pourquoi mon personnage principal était dans le collimateur du félin de la sous-famille des panthérinés.

Œil d’Afrique : Tout compte fait, que souhaitez-vous que la prospérité retienne de vous ? Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Je suis de ceux qui pensent que l’on reconnaît le maçon au pied du mur. Je ne cesse de réfléchir, en tant qu’essayiste et analyste politique, sur des problématiques humaines. Je crée sans arrêt, en tant que romancier, des univers relevant de l’imaginaire de quelqu’un ayant grandi dans un quartier populaire de Kinshasa. Je n’ai rien accouché en fonction de qui que ce soit, mais seulement de ma conscience et du plaisir de créer un monde relevant du fruit de mon imagination. Seule l’Histoire dira si j’ai modestement apporté, d’une manière ou d’une autre et dans un domaine comme dans l’autre, ma contribution au rayonnement culturel et à l’évolution de l’Humanité.

Propos recueillis par Roger Musandji

© Œil d'Afrique