Les ouvrages sur François Mitterrand et l’Afrique sont nombreux (Attali, Bayart, Bourgi, Wauthier..). Celui rédigé par G H Lonsi Koko est un des plus intéressants. Il se situe dans la longue durée en rappelant que de Gaulle et ses successeurs sont plus les héritiers du ministre de la IVe république que ce dernier, devenu chef de l’État n’en serait le continuateur. Tel Scipion l’Africain détruisant Carthage, F. Mitterrand aurait il phagocyté l’Afrique pour mieux préserver les intérêts français?. F. Mitterrand, le Florentin ou le Janus des temps modernes, est à la fois l’homme du discours de La Baule (1990) préconisant la démocratie et celui qui a laissé s’installer la machine génocidaire au Rwanda ou les réseaux France Afrique, Il est un homme de la première moitié du XXe siècle pour qui « Sans l’Afrique, il n’y aura plus d’histoire de France au XXe siècle » (1957). Il veut défendre l’unité et la stabilité des États africains en maintenant des relations politiques et militaires fortes et s’oppose aux stratégies américaines. Mais en même temps, il veut se situer sur la scène internationale et au sein de la gauche comme tiers-mondiste, même si très rapidement Jean Pierre Cot est remplacé par Nucci à la coopération et les réseaux France Afrique maintenus voire renforcés par Guy Penne. La Realpolitik in fine l’emporte. Cet ouvrage, très bien documenté, donne une très bonne image des relations évolutives entre F. Mitterrand et l’Afrique .Le point d’interrogation ajouté au terme « l’Africain » du titre est bienvenu. Une autre lecture complémentaire serait celle que nous donnait un ancien ministre français des affaires étrangères, pour qui alors « Mitterrand s’amuse avec l’Afrique ». Un seul regret la question du génocide rwandais est traitée trop superficiellement.

Philippe Hugon

© IRIS